« Et toi, tu fais quoi dans la vie? »

Comme pour beaucoup, 2020 a été difficile pour moi. Cette période m’a fait réfléchir à ma situation professionnelle, beaucoup trop d’ailleurs. J’en étais venue à la conclusion que mon job ne me correspondait plus, que je devais en changer. Plus facile à dire qu’à faire! Je m’obstinais à vouloir évoluer dans le même secteur, je m’entêtais à rester à mon poste, pensant alors que ma réflexion n’était que passagère. Octobre, c’est le burnout. La boule au ventre avant d’aller au travail, le moral au plus bas. C’est le signal d’alarme, mon corps me dit stop. Je décide donc de démissionner d’un poste en CDI en pleine pandémie, n’ayant aucun plan de secours. Dans cet article, je vous confie les difficultés que j’ai pu rencontrer durant cette période, celle où l’on doute de sa propre valeur, où l’on se demande qui on est réellement.

Assumer son choix.

Admettre que j’étais sans emploi et surtout que je n’avais pas la moindre idée de ce vers quoi j’allais a été très compliqué. Inconsciemment, j’évitais les retrouvailles entre amis, les repas de famille car oui, j’avais honte. Peur aussi. J’avais alors des sentiments très contradictoires. Je savais que j’avais bien fait de démissionner. Cependant, je ne me sentais pas heureuse pour autant car j’avais peur d’avoir déçu mon entourage.

Vient alors mon premier rendez-vous avec l’Apec, pour m’aider dans mon projet de reconversion. Face aux conseillères, j’expliquais les raisons de ma démission et mon besoin de changer de voie. Lors de cet entretien, je me suis jurée de ne pas avoir peur du jugement, simplement rester vraie et honnête.

« Tu as eu beaucoup de courage, tu as pris la bonne décision ». Debout, face à moi, la conseillère venait de faire taire la petite voix dans ma tête qui avait la fâcheuse tendance à me rabaisser. Enfin, j’étais fière d’avoir écouté mon corps qui souffrait, d’avoir suivi mon instinct, mais aussi mon cœur. Suite à cet entretien, je me rendais compte que je pouvais ressortir grandie de cette expérience qu’est le chômage. Que je pouvais utiliser ce temps à bon escient et en sortir grandie. Je devais accepter mon choix et changer la linguistique. Ne plus y voir un échec mais une expérience de vie. Ne plus subir le chômage mais l’utiliser comme une opportunité.

Se connaître.

Sans perspective d’emploi, l’idée était de pouvoir répondre à la question « qu’est-ce que tu aimes faire? » afin d’entamer ma reconversion professionnelle. J’enchainais les tests de personnalité, de motivation, afin de mieux me connaître. Pour tout vous dire, je cherchais désespérément MA passion et le métier en lien direct avec celle-ci. C’était ÇA ma vision du job idéal. Je m’entêtais donc à trouver cette passion, cette activité qui me fait vibrer, où je ne vois pas le temps passer, celle qui pourrait me donner le sourire en allant travailler, pour finalement ne plus avoir le sentiment de subir le travail mais de l’apprécier.

Le flou total. J’écoutais des podcasts d’entrepreneuses, lisais des livres en tout genre, appliquais à la lettre les méthodes pour déceler une passion. Rien. Je n’arrivais pas à mettre de mot en valeur, ni à définir une activité qui me parlait plus qu’une autre. J’en venais même à me demander ce qui clochait chez moi pour éprouver autant de difficultés face à une question si simple. Je voyais l’image du « métier passion » s’éloigner de moi alors que je restais à quai, sans bouger.

Au fil de mon introspection, je me rendais compte que je me mettais beaucoup trop la pression. Je passais des heures à noter les activités que j’aime faire, sans trouver celle qui me passionne. Et c’est là que je me suis rendue compte que, finalement, ce qui me passionne, c’est de faire TOUTES ces choses! Lire un bon livre. Apprendre une nouvelle recette. Partir en randonnée le weekend. Photographier. Créer du contenu. Organiser un pique-nique entre amis. Parler anglais.

Aujourd’hui, je sais. Je ne suis pas passionnée par un seul sujet, mais je me prends de passion pour la vie. Apprendre un peu plus chaque jour. Découvrir un nouvel endroit. Tester une nouvelle activité. Et je sais qu’une vie entière à faire la même chose, une seule chose, ne me conviendrait pas. Voilà donc pourquoi il m’était si difficile de choisir mon métier. Je lâchais donc cette pression que je m’infligeais dans la quête du « métier passion ».

Blog Au Singulier. Etre multipotentiel.

Ne plus cocher de case.

« Et toi, qu’est-ce que tu fais dans la vie? ». L’une des questions les plus entendues lors de nouvelles rencontres. Une question qui peut sembler anodine, et pourtant.

Outre le sentiment premier de honte d’être au chômage, car oui, c’est toujours une situation mal vue en France, elle me donnait le sentiment qu‘on allait me juger dès que j’aurai donné ma réponse. « Je suis vendeuse ». « Je suis avocate ». En répondant, notre interlocuteur nous place, consciemment ou non, dans une case. Et si je ne travaille pas, comment répondre à cette question? Quelle case suis-je censée cocher? Je suis d’ailleurs tombée sur la BD d’Activaction qui représente tout à fait cette situation.

« Je suis vendeuse ». « Je suis avocate ». Du verbe « faire », nous passons au verbe « être ». Le métier devient notre identité alors que non, ce ne doit pas être le cas. Je ne suis pas vendeuse mais je vends. Je ne suis pas avocate mais je plaide, je défends. Le travail n’est qu’une composante de notre vie et ne définit pas qui nous sommes.

Et si tout simplement, nous demandions à l’autre ce qu’il aime dans la vie, ce qui l’inspire, ce qui le fait sourire, le rend heureux? Dans cet échange, il est tout à fait possible de dire qu’on aime son travail (et je le souhaite à tous d’ailleurs!). Ainsi, poser la question de cette manière permet de donner le pouvoir à l’autre de se dévoiler, d’exprimer ce qui l’anime, le tout sans jugement. Chacun est différent, chacun a une relation différente à son métier.

SOS Conseils: Avoir un métier qui te passionne, avoir plusieurs jobs, avoir une activité partielle, tout est possible, tout est OK. Avoir peur d’être en CDI, de choisir un seul métier, de se tromper, ça l’est tout autant. Si tu es en accord avec ce pourquoi tu fais ce métier, c’est tout ce qui importe. Bon nombre d’entre nous vivons dans la peur du jugement et la recherche de la validation d’autrui. Il est important de se détacher de ce poids, pour pouvoir vivre plus librement. Tu n’es pas seulement ton métier, tu es beaucoup plus que ça. Tu es toi. Ta personnalité, tes qualités comme tes défauts, ton histoire, ta singularité. Ne te sens pas coincé dans ce rôle qu’est ton métier. Au fond de toi, tu sais ce que tu vaux, tu sais qui tu es vraiment.

Et toi, qu’est ce qui te rend heureux?

Belle journée,

Sterenn

4 réflexions sur “« Et toi, tu fais quoi dans la vie? »

  1. J’avoue que j’admire le courage que tu as eu de partir de ton CDI en pleine pandémie. Pour ma part, je ne suis pas du tout passionnée par mon travail mais j’ai tellement peur de partir pour ne rien retrouver derrière que je reste en espérant que ça va s’améliorer. C’est une belle réflexion que tu nous apportes là. Et je suis d’accord, le chômage est mal vu, pourtant, la vraie question, c’est pourquoi ? Je pense que c’est une pensée collective de « cette personne ne fait rien » alors que ce n’est pas forcément vrai… encore une construction de la société qui ferait mieux de disparaitre… bref, je ne m’étale pas plus que ça, ce commentaire est déjà trop long. Je pense que je vais checker ton blog, ça m’a l’air vachement intéressant ! Bonne fin de journée ! (et a bientôt)

    Aimé par 1 personne

    1. Je te remercie pour ce commentaire hyper intéressant! En effet la peur de ne rien trouver derrière peut paralyser. Si tu as envie d’en discuter plus amplement, n’hésite pas! 🙂 Totalement d’accord avec toi, cette vision négative du chômage a été pendant longtemps compliquée à gérer. Et puis on rencontre les bonnes personnes, on suit les bons comptes et on se rend compte que ce n’est qu’une croyance à dépasser. Finalement, en vivant la situation personnellement, je suis devenue mon propre exemple du chômeur non attentiste, qui veut simplement trouver une voie faite pour lui.

      Aimé par 1 personne

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