Adopter un nouveau regard.

Aujourd’hui je reçois Lucie, créatrice du blog “Inspiré.e.s”. Cela fait maintenant quelque temps que je suis ses articles, ses posts, que je trouve très justes et emplis de sens. Son but? Décrypter, vulgariser et sensibiliser sur des sujets qui lui tiennent à cœur. Entre féminisme et écologie, nous découvrons aujourd’hui qui se cache sous ce beau projet. 

C’est le moment de se présenter! Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi, ton quotidien?

Moi c’est Lucie et j’habite en région parisienne. Je suis prof d’EPS et je finis en parallèle ma thèse sur l’histoire du sport féminin et ses représentations sociales. J’ai toujours aimé avoir pleins de projets en même temps et cette année, je trouvais que mon quotidien manquait de sens. Ce quotidien était rythmé par mes recherches pour ma thèse, qui m’ont d’ailleurs beaucoup appris! Cependant, j’ai très vite compris que ces écrits scientifiques ne seraient lus que par une certaine élite et que mes recherches ne profiteraient pas forcément au grand public. Travaillant au quotidien avec un public très différent, j’avais, au fond de moi, envie de créer un projet qui me permette de mettre en avant mes recherches afin que mon travail soit utile à un plus grand nombre.

Pendant le confinement on m’a demandé si je pouvais faire quelques formations pour préparer les étudiants au concours d’enseignant. Une fois arrivée sur place, je me suis rendue compte que mes collègues ne parlaient que du programme, sans donner les « règles du jeu » du concours. J’étais surprise car ces préparations n’avaient pas évolué depuis des années. Lors de mon intervention, j’ai suivi mon intuition, je n’ai rien fait de théorique, j’ai vraiment fait des choses simples, centrées sur les règles du jeu du concours. Le TD a super bien fonctionné, j’ai eu de très bons retours. Finalement, la seule chose que j’ai faite, c’est de donner les règles du jeu, concrètement et simplement. J’ai fait en sorte que les étudiants aient les bonnes cartes en main pour passer le concours.

Qu’est-ce qui t’a amené à créer ton blog?

Depuis un an je voulais faire quelque chose, créer, mais je ne savais pas vraiment quoi. Avec mon rôle de formatrice, je me suis rendue compte que j’avais des compétences. J’étais capable d’expliquer, à ma façon, les règles du jeu. Je savais me mettre à la place des étudiants et comprendre leurs attentes. Et j’avais un peu envie de faire ça en créant un blog. Outre la thématique du sport féminin qui m’intéresse beaucoup, je voulais aborder des sujets très différents qui m’interpellent au quotidien comme le féminisme et l’écologie. En rédigeant des articles, l’idée est simplement de montrer qu’il y a d’autres angles de vues, d’autres façons de voir et de comprendre ces sujets-là. J’ai voulu utiliser mes compétences pour vulgariser ces informations afin de les rendre plus accessibles. Je voulais écrire pour un public complètement différent de celui pour qui je rédige ma thèse ou autres écrits scientifiques.

J’avoue avoir un peu hésité à me lancer car je ne voulais pas spécialement me mettre trop en avant sur les réseaux sociaux. C’est très compliqué aujourd’hui de faire ressentir aux lecteurs qu’il y a vraiment de l’humain derrière un écran sans se montrer, poster des vidéos ou même donner son nom. En plus, je n’ai pas forcément envie que mon entourage soit au courant. J’ai le sentiment que ces personnes vont attendre un certain contenu, une personnalité, une parole qu’ils connaissent à force de me côtoyer alors que moi, j’ai juste envie de dire ce que je veux, quand je veux. La personne qui écrit sur le blog ne sera pas forcément la même que celle que je suis dans la vie. C’est moi sans l’influence de ce que quelqu’un pourrait attendre de moi.  J’écris sans filtre, j’écris pour moi.

Abordes-tu des sujets en particulier?

La logique aurait voulu que je sorte un article sur le sport en premier. Mais, moi même, j’avais envie de découvrir d’autres sujets et de les comprendre. Que se soit des faits de société, des choses qui me marquent, j’écris sur des choses simples qui méritent, selon moi, des explications. Je me questionne dans ma vie au quotidien, je recherche, j’approfondis des sujets qui me touchent et je décide de le partager via mon blog. Ce ne sont pas des choses que j’ai pu apprendre de façon théorique au cours de mes études, ce sont des choses que j’ai pu expérimenter, découvrir, tout au long de ma vie.

Petit à petit, j’ai décidé de me focaliser sur des sujets assez forts comme le féminisme et l’écologie. Dans mon quotidien, les professeures d’EPS sont souvent très engagées pour l’égalité homme-femme et moi, j’avais toujours du mal à me situer, à prendre part au débat, à faire entendre ma voix. Il y avait quelque chose qui me dérangeait dans le mot « féminisme » mais je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. Je crois que c’était l’image négative véhiculée qui me faisait peur. C’est comme ça que j’ai commencé mes recherches, à pousser plus loin mes interrogations. Je voulais aller au delà des stéréotypes et des préjugés.

« Il est parfois très difficile de remettre nos certitudes en question. »

Aujourd’hui, si tu dis que tu es féministe ou même écolo, j’ai l’impression qu’il y a une attente d’exemplarité. Comme si dès lors qu’on acceptait de s’engager, nous devions être irréprochables. On reste des humains. On le voit d’ailleurs sur les réseaux sociaux comme certains sont passés au crible à chacune de leurs actions car ils ont osés s’engager pour une cause qui leur est chère. Pour moi, rien que le fait d’oser remettre ses certitudes en question, changer des petits gestes du quotidien, en parler à son entourage, c’est un très grand pas.

Il y a des activistes, et je pense que c’est très bien d’avoir des gens dans cette mouvance là, qui se font entendre, qui éveillent les consciences. Mais j’ai le sentiment qu’il y a une grande majorité qui se sent dans « le monde du milieu » : ceux qui ne se sentent pas à l’aise avec le terme « activiste », ceux qui ne manifestent pas forcément, ceux qui ont parfois peur aussi, ceux qui ont encore du mal à exprimer leurs convictions. Seulement si nous n’arrivons pas à toucher ce public là, on ne pourra jamais élever ces débats au delà des personnes qui sont totalement convaincues. Je me dis que si on veut faire changer les choses, peut-être qu’il faudrait trouver une approche moins agressive? Je ne remets absolument pas en cause les mouvements actuels, je pense que c’est important d’avoir des activistes, des militants mais aujourd’hui, ce n’est pas un schéma dans lequel je me reconnais,  je sais que je ne serais pas à l’aise dans cette position. Si on veut faire changer les choses, il faut accepter de toucher ces gens du milieu, ces gens qui ne sont pas forcément engagés mais qui ont des convictions. C’est les aider à accepter que « féministe » ne veut pas forcément dire que tu vas sortir la carte du sexisme à tout va, ça ne veut pas dire que tu es contre les hommes. Accepter de sortir des préjugés et avancer ensemble.

Qu’est-ce que cette création t’a apporté?

J’ai beaucoup appris car franchement au départ, je n’y connaissais rien du tout en création de blog. J’y suis allée à coup de tutos YouTube, c’est dire! C’était difficile, j’ai fait n’importe quoi. Je pense que j’ai dû faire toutes les erreurs qu’il ne fallait pas faire. Mais au final, j’ai énormément progressé, je suis contente et fière de m’en être sortie par mes propres moyens.

J’écris pour moi, pour me challenger. Personne n’attend quelque chose de ma part, personne ne me juge. C’est agréable de le faire, sans avoir de pression, de monter un projet pour soi. Il y aura sûrement plein de choses à améliorer dans le temps mais je ne veux pas que ce blog soit parfait, c’est d’ailleurs ce qui rend le vivant, humain. Ce blog m’apporte beaucoup. Je nourrie mes réflexions, je me documente, je m’instruis et partage mes informations au travers de mes articles. J’essaye d’apporter ce que je peux à ma petite échelle. C’était une période de vie assez compliquée pour moi, on a tous morflé et j’étais contente de prendre cet espace, ce temps pour prendre soin de moi. C’est vrai que l’écriture est un bon moyen d’évasion. Et puis une fois lancée, j’ai envie de faire plein de choses forcément! Pour être honnête, quand j’ai lancé le blog, je n’ai pas fait ça en pensant faire des vues, en pensant changer de métier. Je compte rester prof, j’adore mon métier.

« Inspiré.e.s », comment est venu ce nom?

Je voulais quelque chose de simple, court et de français aussi, au vu de ma cible. Je souhaitais qu’il soit cohérent et porteur de sens, surtout pour le public. Au début, j’avais cette idée d’impulser, de donner envie. Je voulais toucher les femmes et « inspirées » m’est venu. Cependant, j’ai réalisé que de conjuguer ce nom au féminin était finalement à l’opposé de ce que je voulais faire. Je prônais des valeurs complètement différentes et je voulais surtout intégrer les femmes ET les hommes dans mes propos. C’est là qu’est venue l’idée d’utiliser l’écriture inclusive, les points devenant synonymes d’inclusion: homme et femme, individuel et collectif. Que chacun trouve sa place dans la société. Je trouvais ça beaucoup plus juste vis-à-vis de ma démarche. Pour moi ce nom reflète complètement mon action.  

Ensemble, prenons le temps de comprendre pour se sentir inspiré.e.s. »

As-tu déjà eu le sentiment d’être illégitime dans la rédaction d’un article?

Même pas! Je fais vraiment la différence entre ce que j’écris sur le blog et un article que j’écris pour une revue scientifique. Je parle soit de choses personnelles qui sont de mon ressenti, soit de choses que j’ai mis du temps à comprendre mais sur lesquelles j’ai un appui théorique Si je l’écris et que je l’aborde, c’est que j’ai passé énormément de temps dessus. Je le connais, je le maîtrise. Je ne suis pas une experte mais je pense que pour expliquer, vulgariser, il ne faut pas une perfection dans le propos, ou une rigueur scientifique trop importante. C’est le grand public que je vise. Je sais pour qui j’écris. Je pense que c’est une sensibilisation plutôt qu’une démonstration scientifique. Et finalement, je n’ai rien à prouver. C’est juste des questions, des réflexions que je partage et je ne pense pas avoir besoin de me sentir légitime dans cette position là.

Selon toi, quelle est la marche à suivre pour s’engager?

Je pense qu’il y a surtout pleins de possibilités! L’essentiel selon moi est de ne pas avoir peur de sortir du schéma classique. Moi-même je suis en contact au quotidien avec des personnes qui n’osent pas sortir de leur chemin de pensée, qui n’osent pas se poser de vraies questions sur de simples faits d’actualité par exemple. Il ne faut pas avoir peur des autres, de leurs avis, mais simplement se lancer. On peut commencer par s’engager dans une association, s’affirmer sur les réseaux, échanger avec des experts. S’instruire et sortir de nos habitudes. On est trop souvent cloisonnés dans nos propres habitudes, nos perceptions, celles de notre entourage. Le fait justement de sortir un peu de tout ça, de ce quotidien, ça ouvre énormément de portes. Ne plus simplement écouter ce qu’on te dit, s’autoriser à voir et faire les choses autrement. Je pense que ce sont des petits pas qui vont éveiller notre engagement au fur et à mesure. À partir du moment où tu te poses des questions, tu prends conscience des choses, que tu te mets en mouvement, c’est gagné. Il suffit juste de s’y mettre!


Les coulisses de notre rencontre.

Deuxième interview pour moi et j’ai toujours autant de plaisir à découvrir une nouvelle personne. Cet échange était très enrichissant et je me suis beaucoup reconnue dans les propos de Lucie pour plusieurs raisons. Nous avons toutes les deux cette problématique de vouloir créer un contenu humain, vivant sans pour autant vouloir se montrer, se dévoiler sur les réseaux sociaux. Également, nous avons toutes les deux eu le sentiment que notre quotidien manquait de sens, et qu’il était temps de créer notre propre projet.

Nous avons un peu échangé sur l’esprit du blog Au Singulier car j’avais à cœur de savoir si elle partageait les mêmes valeurs que moi. Et bien oui! Cette année, elle a également ressenti une réelle urgence de vivre, qu’il était temps d’oser, pour soi. Qu’il fallait se lancer, se mettre en mouvement car c’est finalement comme ça que les portes s’ouvrent d’elles-mêmes.

« Le plus important est de faire les choses de façon vraie et authentique. » 

Pour tout vous dire, on aurait pu parler des heures! J’aime beaucoup son projet, je le trouve super utile et surtout très accessible. Je pense qu’il est important que des personnes comme Lucie, qui ont cette capacité d’expliquer, de vulgariser des sujets parfois encore tabous, prennent la parole afin de sensibiliser le grand public. Elle m’a d’ailleurs fait découvrir un podcast « Nouveaux modèles » de Chloé Cohen que je vous invite à découvrir! L’interview s’est finie sur ses beaux projets futurs, notamment son départ prochain pour une nouvelle vie à Mayotte (pour les autres projets je n’en dis pas plus, c’est une surprise)!

Passez une très bonne journée,

Sterenn

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